«Être poète, c'est assurément avoir goûté à l'invisible amande du visible, c'est aussi avoir le pressentiment que le dénuement et le doute sont plus nourriciers que la connaissance assurée.»
*** Ibo ***
… Je suis le poète farouche,
L'homme devoir,
Le souffle des douleurs, la bouche
Du clairon noir ;
Le rêveur qui sur ses registres
Met les vivants,
Qui mêle des strophes sinistres
Aux quatre vents ;
Le songeur ailé, l'âpre athlète
Au bras nerveux,
Et je traînerai la comète
Par les cheveux. …
J'irai lire la grande bible ;
J'entrerai nu
Jusqu'au tabernacle terrible
De l'inconnu.
Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide,
Gouffres ouverts
Que garde la meute livide
Des noirs éclairs,
Jusqu'aux portes visionnaires
Du ciel sacré ;
Et si vous aboyez, tonnerres,
Je rugirai.
Rôdeur des venelles anciennes Quartiers humides d’âge Où ne sont plus les mêmes ombres Mais d’autres plus usées Rôdeur parmi les chiens perdus Dîneurs de vos poubelles Et les chats noirs comme les nuits Et silencieux comme elles Rôdeur je passe à fleur de pierre Prédateur en maraude Vieille cloche à cuver son vin Inquiétude en suspens Rôdeur au coin de ton regard Entr’aperçu de loin Qui suis-je et pourquoi suis-je là Veux-tu vraiment savoir